Déjà trois jours que nous roulons. Nous avons
été très proche de ne pas partir. En se levant jeudi matin, dehors c’était la
poudrerie et de forts vents, une dizaine de centimètres de neige était déjà
accumulée. On vérifie la météo par heure, on prévoyait du soleil en avant midi.
On retarde un peu, nous terminons le
chargement, nous partons. On s’était donné un essai routier jusqu’à l’entrée du
parc. À l’abri de la forêt, la visibilité était bonne, la route était sur neige
durcie. On continue. À Québec, nous étions au soleil et bitume humide. À
Drummondville nous étions sur bitume sec.
Nous avons bénéficié de cette météo le
lendemain si bien qu’au troisième soir nous étions à Harrisonburg en Virginie,
qui suivait une étape à Albany.



C’est incroyable ce qu’un petit 5 cm de neige
pouvait faire dans ces contrées, nous, gens du nord, qui souvent faisons face à
des 15 ou 20 cm. En ville, des camionnettes grattent les rues, les autos
roulent à peine, les hazards allumés. Sur l’autoroute, les grands moyens sont
utilisés. Deux camionnettes bloquent la route, précédées de cinq grattes de large
qui répandent des tonnes de sel. La neige devient en slush, les panneaux
indicateurs n’indiquent que des crashs, « Crash au 113, voie de gauche
fermée » « Crash au 80, voie de droite fermée » et ça continue
comme cela. Chaque fois ce sont des camions lourds qui sont impliqués, il n’y a
que cela sur la route et ils sont en très grand nombre à circuler. D’autres se
sont arrêtés, souvent sur le bord de la route parce que les aires de repos sont
à pleine capacité.
Lentement la neige a cessée, on pouvait encore
voir la livrée toute blanche qu’avait laissé Helena. Les Appalaches n’ont
jamais été si jolies. Dans les collines, les vaches cherchaient leur pitance.
Les rivières et les étangs, libre de glace, contrastaient avec le manteau
blanc. La route séchait. Derrière, le Jeep aurait bien aimé être devant, là, il
doit rêver d’une douche.